lundi 10 novembre 2025

 Etudiant en médecine                   

Depuis longtemps je suis étudiant en médecine...


Quand j’étais petit j’étudiais la médecine vue de mon tout petit village ou je suis né.
Si le besoin était là de se rapprocher d’un médecin, on allait d’abord chez un voisin plus ou moins proche qui avait un téléphone (fixe bien sûr), On appelait le docteur qui avec va petite voiture venait du bourg le plus proche d’au moins 10 ou 15 km à tout heure du jour et de la nuit.
Pour les cas les plus graves il revenait de sa propre initiative quelques heures après comme pour soigner les blessures et restait le temps qu’il fallait jusqu’à la fin d’un l’accouchement.
Personne ne mettait en lisse un autre médecin pour la même cause.

Et puis quand j’étais un peu plus grand dans la grande ville de province on se préparait de bonne heure pour arriver dans sa salle d’attente vers midi et patienter une ou deux heures, voir plus et attendre son tour pour la consultation dans l’après-midi car le docteur ne revenait de ses consultations à domicile du matin quand en début d’après-midi.
On ne téléphonait pas pour une grippe mais on se déplaçait et seuls les cas beaucoup plus graves donnaient lieu à une visite à domicile.

On préférait son médecin mais si besoin on allait en voir un autre chez qui il avait moins d’attente.

Etant adulte dans mon petit village on attendait toujours son tour dans sa salle d’attente et pendant la consultation la discussion avec le médecin débordait sur l’avenir
 des enfants qu’il avait soignés et connaissait bien. La consultation pouvait durer de ce fait un petit peu plus longtemps, mais quel charisme ce médecin de famille !

Etant nettement plus âgé il faut maintenant prendre un rendez-vous plusieurs jours à l’avance avec des moyens informatiques pour avoir une consultation au cabinet qui est chronométrée, pas plus d’un quart d’heure. Les résultats des examens sont connus et la prescription découle de fait sans recherche complémentaire.
On peut aussi télé-consulter le praticien qui peut être à l’autre bout du monde et ne vous connait pas, tout comme votre dossier. Bien sur pas question de démarrer une discussion sur la famille ou autres sujets.
On est un dossier et accessoirement un patient.
On peut même donner son avis sur le praticien sur internet comme si on avait des connaissances médicales d’un bachelier plus 25.

Peut-être si je vis très longtemps je verrai des consultations tout informatisées ou il faudra remplir des cases et répondre à des questions, sans praticien présent mais avec une intelligence artificielle qui déterminera la maladie, distribuera les médicaments au patient qui aura juste la bouche ouverte pour les avaler.
Une machine qui introduira le patient dans son antre et le ressortira à l’autre bout avec son bilan complet réalisé.
Peut-être y aura-t-il une touche pour choisir avec ou sans charisme ?
Avec une telle évolution, plus besoin de médecin de quartier qui refuse de prendre de nouveaux patients, Plus besoin de rechercher un spécialiste à 100km et attendre 6 mois pour enfin le voir.

Pourquoi continuer à former des praticiens qui seront remplacés par des machines qui fonctionneront 24 h/24 et qui seront situées à l’autre bout du monde.

Depuis 79 ans je suis étudiant en médecine, non pas en tant que praticien mais en tant que patient. J’ai passé de nombreux examens et à ce jour je les ai tous réussis puisque je suis toujours en vie. Et c’est avec beaucoup de crainte que j’envisage de poursuivre les études de médecine…(!)

Depuis ce temps je pense que la médecine tout comme toutes les autres activités industrielles ont été progressivement modifiées dans une démarche de rentabilité et délocalisées au point de perdre leur âme.
Des machines sont venues d’abord pour aider les ouvriers puis progressivement pour les remplacer, idem pour les caissières de super marchés remplacées par des caisses automatiques voir plus de caisse matérialisée.
Et maintenant pour les médecins, des diagnostics plus précis effectués par des machines viennent réduire la fonction médicale.
  
Progrès pour qui et pourquoi ?



Père DENIS






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